Devenir pèlerin

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A plusieurs reprises, n’ai-je pas entendu des allusions de la part de commerçants ou d’hébergeurs voire de pèlerins sur … »les faux pèlerins ». Peut être faisaient-ils allusions à ces pèlerins touristes qui profitent d’hébergements bon marché pour passer des vacances à moindre frais? Peut être faisaient-ils allusion à ces pèlerins qui avalalent des kilomètres en quête de record sportif? Peut être faisaient ils allusions à ces pèlerins qui se font porter le sac de gîte en gîte, prennent la navette pour éviter le moindre effort ? Peut être faisaient ils allusions à ces pèlerins qui passent indifférents devant la cathédrale de Burgos, critiquent les cathos qui prient ( histoire vécue ) ou à ces pèlerins sans gène qui réservent un gîte et ne viennent pas …J’ai moi même pas été très « pèlerine » lorsque j’ai râlé lors d’une offre de repas pèlerin composé d’une soupe Royco et d’une portion de vache qui rit un peu onéreuse! je le regrette bien avec du recul…Je n’ai pas été très pèlerine quand j’ai pris un véhicule pour m’épargner quelques kilomètres de marche. Alors être pèlerin , c’est quoi ?

Quelle définition …

Le Littré nous rappelle que le mot pèlerin apparait vers 1050 et désigne un étranger. C’est l’homme de passage sur terre…Un pèlerin, c’est celui qui fait un pèlerinage et Monsieur Littré rappelle que la définition première du pèlerinage est  » Voyage fait avec dévotion à quelque lieu consacré. » Etranger,dévotion et lieu consacré, nous sommes bien dans un champs lexical religieux ?

L’étranger qui cherche une patrie. Il s’agit d’un thème récurrent dans l’ancien Testament et les évangiles.

Dans les hébreux – 11-13 : »C’est pourquoi d’un seul homme, déjà usé de corps, naquit une postérité nombreuse comme les étoiles du ciel, comme le sable qui est sur le bord de la mer et qu’on ne peut compter. 13C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. 14Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie. »

Et l’église que dit-elle alors ? Pas grand chose en fait ? J’ai feuilleté le catéchisme de l’église catholique et je n’ai pas trouvé de réponse. J’ai tenté de frapper à la porte du prêtre en charge des pèlerinages dans mon diocèse mais débordé, il n’a pas pu me répondre ….

Revenons au catéchisme de l’église catholique…. « La catéchèse doit tenir compte des formes de la piété des fidèles et de la religiosité populaire. Le sens religieux du peuple chrétien, de tout temps, a trouvé son expression dans des formes variées de piété qui entourent la vie sacrementielle de l’Eglise telle que la vénération des reliques, les visites aux sanctuaires, les pèlerinages, les processions, le Chemin de Croix, les danses religieuses, le rosaire, les médailles…. »cf 1674 Il est précisé plus loin que l’église doit faire attention toute dérive et apporter plutôt des connaissances du Christ mais que néanmoins les pèlerinages sont un enrichissement de la vie chrétienne.

Préparer son chemin

Initialement, en 2015, préparer le chemin consistait à étudier quel sac à dos je devais prendre, quelles chaussures choisir ou quel chemin prendre. J’ai gardé mes premiers articles, ils sont les témoins de ma croissance. Oui, le chemin fait grandir, il nous rend riche et moins bête ! La société « se crétinise » , se « déculturise », se sécularise…et le chemin de pèlerinage est à l’image de notre société…un peu paumé!

  • Se préparer pour prendre le chemin, me semble-t-il, c’est se préparer à être confronté à notre histoire chrétienne, notre civilisation européenne, nos traditions rurales, à notre géographie. Pourquoi la nier ? Cela demande de la préparation, de l’intérêt, des repères historiques. De cette connaissance en jaillira de l’émerveillement et de l’intérêt et beaucoup d’émotion.
  • Se rapprocher d’un curé ou d’un prêtre pour parler de sa démarche. Oui, nous avons de chouettes curés. Ils ne sont pas tous pédophiles ou violeurs de bonnes soeurs. Grrr…cela arrange bien les mangeurs de curé toutes ces histoires et ces affaires…que je condamne fermement….et qui m’ont tellement anéantie que, comme la petite Thérèse ( je ne me compare pas à elle) je doute et qu’un mur c’est installé…mais cela se soigne et qui ne doute pas ?
  • Quand on part sur le chemin de Saint Jacques ou le chemin de Rome, on ne peut pas nier l’aspect religieux. Et si ce ressourcement, malgré vous, ne venait pas de l’esprit saint? parce que les chemins de pèlerinage sont remplis d’esprit Saint et l’esprit Saint, cela fait du bien !
  • Pas de complexe. Il n’y a pas de grands et de petits chrétiens.N’est pas plus saint, celui qui a parcouru les chemins de pèlerinages en long et en travers.N’est pas plus saint, celui qui se prosterne ou s’agenouille.Notre relation avec Dieu est intime , notre bonheur de lui parler peut nous rendre parfois incongru pour celui qui ne pratique pas. Osez aller à un office.! Personnellement, les premières messes du matin sont un bonheur, une gourmandise spirituelle. Un messe chez les Clarisses ou les bénédictines…un cadeau…parce que la beauté de ces offices vous transporte, parce que la beauté , c’est Dieu.
  • Lire le guide spirituel du pèlerin. Ce petit livre acheté à Conques m’a beaucoup aidé. Et puis j’aimerai vous proposer Récits d’un pèlerin russe que j’ai lu et relu, Méditations sur les évangiles de Bossuet….l’émerveillement de Bertrand Vergely…
  • Faire bénir son pèlerinage dans votre paroisse, votre diocèse et sur votre chemin…la sacralisation de la démarche vous fera devenir pèlerin. Et puis après, pas après pas, on devient pèlerin.

Esprit pèlerin

Osez partir: Partir sur le chemin, se dépouiller du superflus, laisser sa famille . J’ai toujours pensé qu’il y avait un peu d’égoïsme. On laisse dans l’embarras et l’inquiétude ceux qu’on aime. Osez partir à l’inconnu sans réserver des gîtes. Si cette pratique est valable pour l’Espagne malheureusement en France, sur des chemins peu connus, ce n’est pas possible 2-3 jours à l’avance, par politesse, pour nos hôtes est indispensable.

Accepter : accepter les conditions climatiques parfois difficiles, la grosse chaleur ou le grand froid, accepter de ne pas porter sur son dos tout le confort de sa maison, ne pas s’équiper de matériel dernier cri mais simplement et humblement ( La dessus, je dois faire des efforts, je vous l’accorde), accepter de dormir dans des endroits simples et sans confort, accepter de se perdre, de souffrir, accepter ceux que nous rencontrons. Accepter l’imprévu, le gîte complet, la fatigue qui nous ne permet pas de finir l’étape.

Faire confiance, ne pas avoir peur. Notre fragilité est notre force. Le conseil le plus répété dans la Bible est ne craint rien…« Relevez-vous et soyez sans crainte ! «  Mathieu 17

S’émerveiller, chaque jour, chaque matin de ce corps qui nous amène à une destination, de la nature si belle y compris quand on longe des autoroutes, que nous marchons sur des routes, qu’on avance sur des kilomètres sur le plateau de la meseta…il y a matière à s’émerveiller.

En conclusion

Un pèlerinage revêt que l’on veuille ou non un caractère religieux et sacré, exige un peu de préparation spirituelle et de connaissances, demande d’accepter les quêtes de chacun, exige pour les croyants d’être missionnaire de sa foi et de témoigner. Le pèlerinage n’est certes pas pas une randonnée et cependant beaucoup de non croyant vont partir sur les chemins de pèlerinage. Ils y retrouveront l’esprit du chemin, croiseront d’autres pèlerins avec d’autres cheminements, d’autres quêtes, d’autres perspectives. A nous croyant, de redonner un autre sens, au risque d’en déplaire à plus d’un, pour que nos chemins de pèlerinage restent des chemins de foi et de culture.

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